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mercredi 26 août 2015

Si les courges m’étaient contées…

Cécile nous raconte comment est née sa passion pour les coucourdes, l’histoire du champ de courge et nous expose tous les projets qu’elle a en tête. Enthousiasme à partager sans modération !

Naissance d’une passion.

Tout a commencé par l’achat d’un petit sachet de graines de courges venant d’Italie dans un bazar dijonnais : Piena di Napoli. J’ai obtenu un seul fruit ressemblant à une courgette immense d’au moins 80cm de long. Ne sachant pas si cela était comestible ou déco, j’ai pris le risque de goûter : excellent, très sucré, aussi bon, sinon meilleur, qu’un butternut ou potimarron. Je pensais en planter l’année suivante plusieurs pieds.

Je trouve ensuite un petit livre sur les courges et découvre qu’en fait il existe des centaines de variétés différentes à travers le monde (plus de 550 !)

Pour la Toussaint, mon mari et moi sommes partis visiter des châteaux de la Loire. Chaumont sur Loire et ses jardins : Et là « citrouille sur le gâteau » : des centaines de courges mettant en valeur le parc. D’énormes citrouilles disposées au centre d’un bassin et se reflétant dans l’eau, ou alors bien rondes et alternant avec des rangées de buis taillés en boule, des ribambelles de Cou Tors (« canards orange ») disposés à la queue leu leu sur les pelouses du parc, c’était magique : j’avais envie de devenir « cucurbicultrice ». La passion était née.

Installation en St Urbain.

Comme j’avais acheté les graines par correspondance, je réalisai bientôt qu’il fallait une parcelle plus grande pour planter la soixantaine de pieds que j’imaginais. De fil en aiguilles, Monsieur F., viticulteur, a eu la gentillesse de prêter son terrain et de passer le tracteur pour préparer le sol. Il fallait donc remplir le champ : presque 50 variétés et 160 pieds. Certains pieds n’ont pas survécu malgré tout le soin apporté…

Dès le mois de Mai, il a fallu affronter la pluie et les escargots, les lapins et les merles qui grattaient le compost pour les vers et sectionnaient les jeunes plants…Les nourrir avec le fumier, le compost des amis et le purin d’orties. Sont venus ensuite les temps caniculaires : il a fallu pailler et quand même arroser pour qu’elles survivent - alors que normalement une fois plantées elles se débrouillent seules - ,l’oïdium. Les chevreuils de St Urbain n’y ont encore pas touché…

Beaucoup m’ont aidé : mon mari et mes enfants, mais aussi S. pour passer le « Bleu »(motoculteur) et pomper l’eau pour l’arrosage, A. à arroser et désherber, G. avec de belles pancartes, O. pour les graines données et la mise des fiches de courges sur le site, M. pour les graines de potimarrons , l’inconnu du troc vert de Marsannay qui m’a donné les graines de Hubbard bleu… Merci à eux…

Pourquoi ?

Déjà pour se faire plaisir : découvrir et connaître des légumes riches pour la santé : riches en antioxydants(prévention maladie cardio vasculaires, diminution risque de cancers), beta-carotène, lutéine(prévention maladie des yeux), vitamines A,B2,B5 ,B6 ,B9, K,C…phosphore, potassium, fer cuivre…., riches en fibres… C’est un aliment santé exceptionnel.

C’est aussi un voyage dans le temps et l’espace. La courge est une des premières plantes à avoir été mise en culture dans le monde. Elles sont originaires d’Amérique latine et particulièrement du Mexique. Elles ont une histoire, transportées par les conquérants espagnols ou arrivées ici par des botanistes passionnés….certaines ont des histoires plus compliquées (Les kabochas sont originaires du Japon, apportées vraisemblablement en 1541 par des navigateurs portugais qui revenaient du Cambodge, d’où leur nom de kabocha (=Cambodge).) D’autres étaient cultivées par des populations indiennes particulièrement les mayas…

C’est un moyen de voyager à travers le monde, par le pays d’origine, tout en restant à St Urbain. Tel un jardin botanique (malgré les liserons et chardons autour...Ce n’est pas Caillebotte  [1] !) : chacun peut s’y balader et s’émerveiller … je pense que cela intéressera également les enfants de l’école Colnet.

Pour aller plus loin.

Faire du Champ aux Courges un jardin de développement durable :

- Conserver des variétés en voie de disparition. Par exemple Blanche du Dauphiné pas forcément goûteuse mais si belle. Elle fait partie de notre patrimoine.

- Faire connaître et découvrir, aux autres, toutes ces courges inconnues en leur donnant la possibilité de conserver et semer les graines pour produire eux-mêmes. Dans l’esprit des gens, les courges ce n’est pas très bon et plutôt fade : mettez de côté les gros potirons que l’on trouve sur les marchés. On ne trouve généralement pas ces graines dans les jardineries locales, c’est cher (entre 3 et 6 euros les 10 à 20 graines et en plus il faut rajouter les frais de port) et toutes ne germent pas !

- Récupérer les graines pour les envoyer par des associations ou voyageurs pour les petits paysans victimes des perversités du marché [2] ; cela doit pouvoir pousser lors des saisons humides, leur apportant une autonomie et de la nourriture. On râle lors de la canicule mais pour nous ce n’est pas une question de survie : on court acheter au supermarché des légumes. En Afrique ou en Asie beaucoup n’ont pas cette chance : prendre conscience que, de nos jours, on peut mourir de faim.

- Eveiller les enfants à manger des légumes : on peut faire des frites délicieuses avec certaines variétés sucrées (en plus, elles sont orange fluo !), des purées, des gâteaux ….

- Gagner un peu de sous pour notre association et acheter du matériel durable à partager (petite motobineuse par exemple !)

- Organiser une fête de la courge en permettant des échanges. S’intéresser à d’autres variétés introuvables en France. (Peut être au Québec ?). Faire un concours.

Conclusion

Les courges sont vraiment fabuleuses. Avec les 550 variétés, il y a de quoi faire. Avec elles, on peut tout faire : manger les fleurs, le fruit, les graines, les jeunes pousses comme légume vert, en garder pour la décoration, les sculpter et, une fois consommées, faire des récipients. Elles sont excellentes à la santé, elles se conservent de plusieurs mois à plus d’un an…

Amis jardiniers : à vos courges, prêts, plantez…..

Notes

[1] La Propriété Caillebotte est située dans la commune d’Yerres. Elle a été aménagée dans les années 1830, dans le style « à l’anglaise », au tracé irrégulier. Elle est aujourd’hui ouverte au public

[2] “Les semences que les petits paysans peuvent acquérir dans les pays les plus pauvres sont, en très grande majorité, des semences hybrides stériles ou dégénérescentes ou des semences de variétés dites améliorées qui sont souvent vendues, dans le cas des potagères par exemple, plus cher qu’en Europe. Ces semences sont généralement inadaptées aux conditions locales et produisent des récoltes médiocres (et parfois pas de récolte du tout). De plus, le marché captif généré par ces semences modernes est à ce point destructeur de biodiversité qu’il est souvent difficile aux paysans de retourner vers leurs semences locales pour la simple raison qu’elles ont disparu des terroirs.” Kokopelli-semences-sans-frontieres

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Rencontres à la croisée des chemins

Pourquoi les jardins de Saint Urbain doivent-ils être protégés ?

Aujourd’hui, c’est un non sens de bétonner et goudronner une terre vouée au maraîchage depuis des siècles et qui est toujours cultivée par des familles à la recherche d’une alimentation plus saine, moins coûteuse et respectueuse de l’environnement et de la biodiversité. Cette terre de saint Urbain n’a jamais été aussi précieuse au moment où la ville tentaculaire se construit en étouffant la vie et où les décideurs cèdent aux promoteurs plutôt que d’être attentifs aux besoins des personnes, au moment où notre planète est en danger, la vie menacée, le monde déshumanisé... Se battre pour sauver Saint Urbain, c’est faire sa part de colibris, participer un peu à sauver ce qui peut encore l’être, à un éveil des consciences qui ne fait que commencer et qui permet à l’espoir de tracer son chemin vers l’avenir.