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mardi 22 novembre 2011

Un peu d’histoire...

De la particularité de Saint-Urbain à Marsannay-la-Côte

Il est un lieu contigu au bourg, situé à l’est et en pied de côte, nommé St Urbain, dont le suivi historique n’est pas sans intérêt.

I. A L’ORIGINE : URBAIN et LA TERRE DES CLERCS.

En effet, Marsannay, comme d’autres communes de la Côte a été marquée par la présence de fortes communautés ou institutions ecclésiastiques. La plus ancienne est liée à Urbain, évêque de Langres au IVème siècle.

Les prélats langrois trouvaient refuge à Dijon en temps de troubles dus aux invasions et à l’instabilité politique régionale. Du Vème
au IXème, ils en font leur résidence principale en l’église St Étienne.

JPEGLa donation de biens à « Marciliaco »( Marsannay) par l’évêque de Langres Betto (+820) au VIIème vient confirmer l’appartenance de Marsannay au domaine de St Etienne de Dijon. Cette donation vient-elle asseoir l’installation d’un lieu de culte dédié à St Urbain ?
Les propriétés sont répertoriées dans les cartulaires de l’abbaye St Etienne en 1189 et 1255.

Le village et les terres du clergé passent sous la tutelle de St Bénigne en 1258. Ce qui n’exclut pas la permanence d’une propriété seigneuriale laïque, des ducs de Bourgogne par exemple.

Ainsi Langres et son évêque du IVème siècle Urbain forgent l’histoire du lieu car les croyances populaires se superposent à cette continuité historique de dépendance foncière, motivant la construction d’un oratoire dédié à St Urbain particulièrement vénéré en Austrasie (Champagne et Lorraine actuelles) comme protecteur des cultures (champs et vignes). Fondé à l’époque carolingienne, cet oratoire est doté par le duc Eudes II en 1142 et transformé en monastère bénédictin (in cartulaire de 1255).

C’est l’origine de la toponymie de ce climat.

Cette présence ecclésiale s’est renforcée avec la venue de moniales de St Etienne puis de St Bénigne. Le prieuré s’étoffe de constructions annexes dont le pigeonnier reste le témoin le plus visible. C’est le plus ancien monument de Marsannay et témoin du passé du lieu.

II. URBAIN S’ESTOMPE. LA TERRE DES VIGNERONS.


L’ensemble des terres et des bâtiments est dispersé par la vente des Biens nationaux en 1791 (biens de 1ère origine) et en l’an V (biens de seconde origine). Les terres liées à l’établissement religieux sont constituées de vignes, de labours et de prés (carte de 1784) car l’endroit est humide, formé de terres lourdes et argileuses sur une bande reliant le village à l’actuelle D 974 (cf carte géologique 1/50000 Gevrey-Chambertin) plantée de peupliers (Arch.Dép. Q181, Q442), comportant des points d’eau : mare à l’angle de la rue de la Maladière et du Rocher, lavoir, pièce d’eau dite Le Canal auprès de l’actuelle mare du Clos Miallot (carte de 1784).

La dispersion de la fondation religieuse, déjà en déclin au XVIIIème, donne au lieu une nouvelle destinée. Les lots constitués (le premier acheteur de la totalité du bien n’ayant pas été solvable) concourent à l’émiettement des parcelles (cadastre napoléonien). Cette configuration aboutit à une évolution dans l’utilisation du sol au cours des XVIII et XIXèmes siècles.

La polyculture se maintient sur la Côte en complément de la viticulture dont les aléas des vendanges sont d’autant plus sensibles que la typicité des climats bourguignons aboutit à des rendements faibles. En cela St Urbain (terroir) permet le maintien et la continuité zonale des climats sur le finage de Marsannay.

Sur une zone humide, à proximité du village, ces terres, dorénavant propriétés des habitants, connaissent une utilisation plus intensive : pépinières de jeunes plants de vigne, jardins et vergers gagnent en importance, donnant ce paysage de côte viticole davantage arborée dans sa partie inférieure et au débouché des combes sèches du plateau.

On dote chaque parcelle d’un puits de faible profondeur JPEG(http://marsannay-jardins-vergers-de... ) ;
Les divisions successorales multiplient les parcelles et les puits. Nous avons dénombré une cinquantaine de puits dont 19 sur le périmètre d’étude actuel d’un nouveau quartier à construire (zone AUD –PLU communal). L’ensemble forme une particularité unique de la côte sur une toute petite superficie (moins de 1 hectare). Ces puits ont été d’autant plus utilisés avec la spécialisation maraîchère de cette zone, d’abord familiale puis commerciale : la famille Buffenoir expédie ses raisins de Noël à Paris et sur la Côte d’Azur. Les légumes et fruits alimentent le marché de Dijon. Avec St Urbain, Marsannay entre dans la couronne maraîchère des villes du XIXème et de la 1ère partie du XXème ce qui permet un complément de ressources aux familles de viticulteurs.

Avec les années 1960-1970, l’urbanisation mite le paysage. La zone de St Urbain n’y échappe pas, la commune subit l’extension de la métropole dijonnaise plus qu’elle ne l’assimile.

Mais au début des années 2000, les propriétaires et locataires de vergers et jardins prennent conscience de la spécificité de cet endroit :

  • • Diagnostic écologique
  • • Demande de classement du site auprès de la DIREN
  • • Dossier de protection de biotope
  • • Suivi de la nappe phréatique communication interne

Ils ont recensé les puits :

  • • Plans cadastraux
  • • Constat d’huissier
  • • Photos des puits sur le site, voir supra

Ils ont tenté de les faire connaître et reconnaître :

• Demande d’inscription à la liste supplémentaire des monuments historiques.
• Journées découverte

Et ils ont cherché à les entretenir :

• Document ASERU (Association pour la sauvegarde des édifices et des édicules ruraux en Côte d’Or.)

Aujourd’hui cette zone est en partie gérée par l’association Jardins et vergers de Marsannay la Côte, affiliée à la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs : 57 familles exploitent une parcelle sur St Urbain. L’association y dénombre 368 arbres fruitiers en production (périmètre d’étude). Le secteur est surveillé par le Réseau Mares de Bourgogne du Conservatoire des sites naturels de Bourgogne, par le Museum d’histoire naturelle de Dijon et doit constituer un terrain d’étude de biotope pour les étudiants de l’Université de Bourgogne. Des démarches sont en cours avec la Ligue de protection des oiseaux pour un observatoire.

L’association y implante sa première pépinière de pêchers de vignes dans le cadre de son action "Maintien des milieux naturels ordinaires et verger conservatoire" dite « Verger de la Côte » en liaison avec le Grand Dijon et le Conseil régional. La commune a promis son soutien.

Elle s’attache à maintenir le paysage de côte viticole dans sa complexité, dans sa continuité historique, tout en accueillant les habitants du sud dijonnais (Dijon, Chenôve, Perrigny, Marsannay) dans les jardins familiaux. L’activité viniviticole s’y poursuit : vignes en appellation Bourgogne, deux exploitations familiales. La reversibilité de l’usage actuel des terres non bâties laisse ce climat totalement disponible pour un retour à la plantation du vignoble.

31 octobre 2011, JVMC

P.-S.


Sur la fresque de l’église de l’Assomption, les personnages sont dans les vignes de Saint Urbain.

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Météo en Saint Urbain :


Rencontres à la croisée des chemins

Pourquoi les jardins de Saint Urbain doivent-ils être protégés ?

Aujourd’hui, c’est un non sens de bétonner et goudronner une terre vouée au maraîchage depuis des siècles et qui est toujours cultivée par des familles à la recherche d’une alimentation plus saine, moins coûteuse et respectueuse de l’environnement et de la biodiversité. Cette terre de saint Urbain n’a jamais été aussi précieuse au moment où la ville tentaculaire se construit en étouffant la vie et où les décideurs cèdent aux promoteurs plutôt que d’être attentifs aux besoins des personnes, au moment où notre planète est en danger, la vie menacée, le monde déshumanisé... Se battre pour sauver Saint Urbain, c’est faire sa part de colibris, participer un peu à sauver ce qui peut encore l’être, à un éveil des consciences qui ne fait que commencer et qui permet à l’espoir de tracer son chemin vers l’avenir.